Contrairement à une idére reçue Joseph Ignace Guillotin n'a pas inventé la guillotine même si il lui a donné involontairement son nom.
Le 10 octobre 1789, Guillotin lit un discours préliminaire devant l'Assemblée nationale. Les idées égalitaires qui y sont développées séduisent l'Assemblée. Selon Louis Du Bois, aucune copie de cette intervention n'a été enregistrée. Le Moniteur du lendemain rapporte simplement que Guillotin s'est basé sur le principe que la loi doit être égale pour tous, aussi bien quand elle punit que lorsqu'elle protège. On peut facilement deviner les divers points qui ont alors été évoqués. Le docteur fut fréquemment applaudi et certains députés voulurent délibérer tout de suite. Mais comme une séance spéciale sur le Code criminel était prévue, la question fut ajournée.
« Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d'œil, et vous ne souffrez point. »
La formule « en un clin d'œil » du naïf Guillotin, eut un succès inattendu puisque les chroniques du temps s'accordent à dire qu'elle fit s'esclaffer toute l'Assemblée. Fleischmann fait remarquer que l'expression est commune aux deux médecins. Elle avait été, en effet, employée par Louis pour conclure ses instructions de fabrication adressée au sieur Guidon, et a donc l'avantage d'avoir été écrite de sa main. On en est réduit à supposer que l'un d'eux l'avait prononcée le premier et que l'autre l'avait répétée. Encore une fois, le même auteur n'hésite pas à la mettre au compte du pince-sans-rire docteur Louis, en raison de l'humeur du personnage qui avait terminé ses instructions : « S'il y avait quelques erreurs dans ces détails, elles seraient faciles à vérifier par le constructeur le moins intelligent » ; et qui avait placardé sur la porte de son cabinet : « Ceux qui viennent chez moi me font honneur, ceux qui n'y viennent pas me font plaisir ».
En outre, l'expression « avec ma machine » allait avoir un retentissement que Guillotin n'aurait jamais soupçonné car il pensait certainement exprimer sa prédilection pour un type d'instrument automatisé, semblable à ce qui existait dans d'autres pays. Cette machine nimbée de mystère pour ses collègues, encore anonyme et qui venait d'éveiller la curiosité, devint tout à coup « la machine à Guillotin ». Pis, le journal polémiste royaliste, Les Actes des Apôtres, se gaussa comme il se doit de cette nouvelle lubie de révolutionnaires, d'autant plus qu'il gardait un ressentiment à l'encontre de l'homme politique et de son action en faveur du Tiers-Etat avec sa « Pétition des six corps ». On fit une chanson – mais il y en eut d'autres moins convenables - qui contribua, et non parmi les moindres, à attacher à cette machine le nom de Guillotin pour la postérité. Le nom de guillotine s'imposa donc rapidement et écarta la « louisette » (ou « louison ») forgée à partir du nom de son concepteur mais restée dans un cercle restreint. Les publicistes avaient même songé à l'appeler « mirabelle » tant l'ex-comte de Mirabeau donnait des coups de boutoir à la monarchie.
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